Lundi 26 avril 2010
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Ces derniers jours, la chaleur ne semblait pas inviter les voyageurs à visiter les ruines. A peine sortis du bus, ils s'attablaient en masse sur la seule terrasse du site historique n'essayant
même pas de mener leur regard au delà du sentier qui aboutissait à l'amphithéâtre de la cité. Pour eux, Carthage brûlait à nouveau et les touristes ne voulaient pas y risquer leur magnifique
bronzage doré au profit de quelques coups de soleil.
Catherine, en temps normal, avait la peau particulièrement rose. Mais ce n'était certainement pas le soleil qui allait empêcher cette énergétique professeur d'Histoire Géographie de visiter la
ville et ses alentours. Armée de son guide du routard, elle quitta ses covoyageurs, leur limonade fraîche et sucrée pour l'inconnu. Et c'est dans l'immense basilique sur la plus haute colline de
Carthage Byrsa qu'elle le rencontra.
"Quand personne ne regarde, on peut emprunter l'escalier en bois pour accéder aux clochers de la basilique." Lui dit l'inconnu alors qu'elle s'apprêtait à repartir.
Il était brun, avait la peau mate, une petite fossette à la joue.
Et, elle le suivit, bien malgré elle, poussée par une force qu'elle ne pouvait pas définir. Il y avait dans cet étranger, un mystère, quelque chose qu'on ne pouvait trouver dans les guides
touristiques habituels. Pour avoir autant d'emprise sur elle, il devait être quelque chose comme agent secret. Ses poils se hérissaient.
La chaleur faisait rage. Il était treize heure lorsqu'ils arrivèrent sur le toit de la basilique.
De là haut, on pouvait voir les petites maisons blanches Carthaginoises qui rendaient à la lumière toute sa grandeur. Ici et là, on pouvait reconnaître quelques plantes exotiques; du rose, du
rouge et du vert qui semblaient se mélanger, s'entremêler au bord d'un bleu de mer étincelant.
Un garde faisait la ronde sur le toit. Ils firent sonner le clocher puis se cachèrent longtemps dans la pénombre d’une tourelle. Excités d’avoir fait une bêtise. Comme des petits enfants.
Ils se promenèrent à Sidi Bou Said, cet ancien village de pêcheur devenu véritable résidence secondaire pour riches européens. Au café des délices et ça sonnait comme un cliché, on tournait un
téléfilm français. Les plages étaient noires de Tunisois qui venaient profiter du bord de mer. Seuls, les vendeurs de chips et de pop corn solitaires se détachaient étrangement dans ce décors.
L’inconnu lui fit savourer quelques mets dont Catherine ne soupçonnait même pas l’existence. Puis, il lui parla de ce bout de terre qui avaient vu passer la légendaire Reine Didon. Ce bout de
terre qui semblait chérir plus que tout.
La professeur savait déjà tout cela. Ça remontait à la fac. Lorsqu'elle avait décidé que sa thèse finale porterait sur l'Odyssée. A l'époque, elle voulait être archéologue. Une famille plus tard,
elle décida de voir son futur autrement.
Cela lui paraissait évident , devant elle, se tenait un vrai Indiana Jones, si cultivé, à la recherche d'un quelconque trésor perdu.
Il était grand temps de rentrer maintenant. Le taxi qui la raccompagna aux ruines était jaune. Jaune, fade et poussiéreux. A son bord, la professeur essayait de marquer cette journée à tout
jamais dans sa mémoire. Un peu déçue, certes que son homme ne s’était révélé qu’un simple chauffeur.
En descendant de la voiture, elle se retourna pour lui demander son prénom. Il s’était penché, cherchant une pièce qui était tombée à ses pieds.
C est alors que Catherine eut un haut le cœur; elle aurait juré avoir vu la crosse argentée d’un revolver dépasser de son pantalon.